ENTRE REVES ET FICTIONS
Si j’avais été magicienne, j’aurais transformé mon écriture en calligraphie, mis cette réflexion sur un papier, froissé par le temps, légèrement enroulé, recroquevillé par les années. J’aurais pris une plume d’oie, longue et légère, grattant, effleurant à peine le papier, support à préserver. Je l’aurais trempé dans une encre bleue, noire, encre de nos réflexions, fumée jaillissant de notre cerveau en constante ébullition. Le tout aurait construit un ensemble , fruit d’une soirée tardive, tranquille clapotant comme l’eau d’un torrent en formation revenant des neiges éternelles, à l'écoute d'une virtuosité de jeunes Jazzmen, resplendissants !
Mais je ne suis pas magicienne, je suis en ébullition, en tourbillon, en bizarrerie aujourd’hui. Mon corps ne s’active peu : il donne à mon esprit son énergie. Alors celui-ci pense, rêve, s’extasie, s’assombrie au gré des nuages par la fenêtre. Il vogue , voyage, s’enflamme, revient, redémarre et virevolte. Il fait des sauts légers, volatiles, volages dans le passé puis s’avance doucement à pas de loup vers le futur et hop s ‘assoit sur le canapé à contempler l’heureuse danse des poissons. Il part souvent , en cette journée, vers des paysages crèmes, ocres, au ciel noir et lumière. Au milieu une étendue bleutée limpide ; un nuage s’amuse à cacher des morceaux de ce paysage. Il court et tombe quelque peu dans cette eau. Il va rejoindre une monticule où des blocs de roche dorment, s’affaissent. Ils s’élèvent au milieu d’une lande fantasmagorique épaisse et drue. Elle forme une couverture brune piègant les roches fainéantes. Des fleurs offrent un panel d’énergies positives : roses, blanches, bleues, .. Elles éclatent tels des coups de feux de victoire. Elles allument des brins d’espoir. Elles parsèment le cœur de gaieté, d’enthousiasme, de sucrerie, de coloration. Elles grimpent jusqu’à la crête des rochers, se fourrent au chaud entre les pierres. Au loin un dôme s’élève, une tache plus grise le surmonte d’un aspect religieux. Ce dôme propose une vue surprenante d’un paysage acariâtre, sec mais plein d’humeurs. Il faut du temps pour l’observer, le sentir, le dompter. Rares sont ceux qui connaissent les habitudes de cette lande, parsemée de folies. Il se doit d’être passionné par cette culture, de s’être approprié les lois de cette formation. On entend dans le vent , soufflant des histoires à voix basses. Une drôle de musique faite de rythme : son chemin buté par les blocs de roc, fait varier le son du vent. Il entraîne alors le mouvement du corps, oblige à sentir la chaleur moite des mains des compagnons d’infortune, et ponctue cette étrange cérémonie par des claquements secs du cuir sur la terre. Ce tableau nous conduit à la découverte de ses habitants. L’un, cheveux longs, mitigés, exprimants un chemin noueux, s’accomplie comme trapu. L’autre, cheveux fous, courts, abhorre une paire d’Yeux noirs. Ils s’animent dans le paysage, expriment leurs profondeurs. Ils s’adaptent et s’implantent à nouveau au sein d’un étonnant assemblage aride . Ils jaillissent ce qu’ils avaient laissés, enfouis un temps donné pour des pratiques une vie plus normale, plus « sans goût ». alors là chantent des notes parlant de culture, de patrimoine, d’histoires et de racines. Ils gambergent sur ses roches où l’érosion tente, en vain, de les polir. Celles-ci sont rebelles, dures, puissantes et ne laissent pas sortir leurs traces. Les gens se retrouvent dans ses formes, ils les comprennent, les caressent. Ils causent le même langage. Ils défininssent les mêmes règles , faites d’ombre et de clarté. Ils creusent dans les souvenirs un passage vers l’avenir. Ils exposent et s’ouvrent telle l’étendue d’eau dans ce paysage rude. Ils grandissent avec leurs rêves, raisons et passion(s). Ils s’élèvent et se déplacent en suivant les nuages cotonneux et capricieux. Ils parlent le bruit du vent, en continu. Ils s’établissent une marche à suivre. Ils s’emploient à découvrir de nouvelles richesses culturelles et patrimoniales. Couvrent dans les chemins remplis de cailloux disposés, lancés, il y a fort longtemps. S’extasient devant une route anciennement où le cliquetis du bois et fer des charrettes, venaient à passer par ici. S’essoufflent devant une splendeur pareille et s’émotive dans un lieu assoiffé de vieillesse, de traditions et de beautés.
Je peux dire que j’ai rencontré des personnages attachés à une Terre et attachants, dans un endroit constituant une tradition celtique, une découverte enivrante d’apports et de gaieté.
le 15 Mai 2005.